Résilier un bail de location : préavis, procédure et lettre type

Trois mois d’attente ou un seul : le délai qui sépare l’envoi de votre lettre de la remise des clés dépend d’une poignée de critères précis, et se tromper coûte cher — un préavis mal justifié repasse automatiquement de 1 à 3 mois. Voici la procédure complète pour résilier un bail de location en tant que locataire, sans mauvaise surprise sur le calendrier ni sur le loyer dû pendant le préavis.

Quel délai de préavis respecter pour résilier son bail ?

Le délai de préavis est de trois mois en location vide et d’un mois en location meublée, quel que soit le motif du départ. Il tombe à un mois en location vide dans une dizaine de situations précises, à condition de le justifier au moment de l’envoi du congé.

Ce délai court à partir de la réception du congé par le bailleur, pas de sa date d’envoi. En location meublée, l’article 25-8 de la loi du 6 juillet 1989 fixe un préavis unique d’un mois, sans condition ni justificatif à produire — c’est la contrepartie d’un contrat déjà plus souple pour le locataire.

Situation Délai de préavis Référence légale
Location vide, sans motif particulier 3 mois Article 15-I, loi n° 89-462 du 06/07/1989
Location vide, logement en zone tendue 1 mois (sans justificatif de motif) Article 15-I, décret n° 2025-1267 du 22/12/2025
Location vide, motif justifié (emploi, santé, RSA/AAH…) 1 mois (justificatif obligatoire) Article 15-I, loi n° 89-462 du 06/07/1989
Location meublée, tout motif 1 mois Article 25-8, loi n° 89-462 du 06/07/1989
Bail mobilité (meublé, 1 à 10 mois) 1 mois, préavis dispensé en cas de non-reconduction Article 25-12, loi n° 89-462 du 06/07/1989

Dans quels cas le préavis est-il réduit à un mois en location vide ?

Neuf situations ouvrent droit au préavis réduit en location vide : la zone tendue, la mutation professionnelle, la perte d’emploi ou l’obtention d’un nouvel emploi qui en découle, le premier emploi, l’état de santé après 60 ans, le RSA, l’AAH, et l’attribution d’un logement social. Sauf pour la zone tendue, chacun doit être justifié par un document joint à la lettre de congé.

Motif Justificatif à joindre
Logement en zone tendue Aucun (adresse du logement suffit — simulateur officiel)
Mutation professionnelle Attestation de l’employeur
Perte d’emploi (licenciement, fin de CDD…) Lettre de licenciement, attestation Pôle emploi
Nouvel emploi consécutif à une perte d’emploi Contrat de travail + justificatif de la perte d’emploi précédente
Premier emploi (fin d’études ou 1ʳᵉ affiliation sécu) Contrat de travail ou attestation employeur
+60 ans, état de santé justifiant un changement de domicile Certificat médical
Bénéficiaire du RSA Attestation CAF ou MSA
Bénéficiaire de l’AAH Attestation CAF ou MSA
Attribution d’un logement social (art. L.351-2 CCH) Attestation de l’organisme bailleur

Attention. Le motif doit être précisé et justifié au moment de l’envoi de la lettre de congé, pas après coup. À défaut de justificatif joint, la loi fait automatiquement retomber le préavis à trois mois — même si le motif invoqué était réel. Le bailleur n’a pas besoin de refuser explicitement : c’est le délai légal par défaut qui s’applique.

Comment envoyer son congé : quelle forme pour la lettre ?

Le congé doit être notifié par lettre recommandée avec accusé de réception, par acte de commissaire de justice (l’ex-huissier), ou remis en main propre contre récépissé ou émargement. Un simple e-mail ou SMS n’a aucune valeur juridique, même si le bailleur en accuse réception.

Une quatrième option existe depuis la généralisation de la lettre recommandée électronique (LRE) à valeur juridique équivalente à la LRAR papier — à condition que le bailleur ait expressément accepté ce mode d’envoi au préalable, ce qui reste rare en pratique entre particuliers. En cas de doute sur l’adresse du bailleur ou de silence prolongé, l’acte de commissaire de justice reste la voie la plus sûre : il fait courir le délai dès sa signification, sans dépendre d’un retrait en bureau de poste.

Quand le délai de préavis commence-t-il à courir ?

Le délai part du jour de la réception effective de la lettre recommandée (et non de son envoi), ou de la date de signification par commissaire de justice, ou de la date de remise en main propre attestée par le récépissé.

À retenir. Un délai posté le 28 du mois mais retiré par le bailleur le 5 du mois suivant démarre le 5, pas le 28. En cas de lettre recommandée non réclamée, la jurisprudence retient en général la date de première présentation par La Poste, pas la date de retrait effectif ni la date de retour à l’expéditeur.

Faut-il continuer à payer le loyer pendant tout le préavis ?

Oui : le loyer et les charges restent dus jusqu’à la fin du délai de préavis, y compris si le logement est libéré avant, sauf accord du bailleur ou entrée d’un nouveau locataire avant l’échéance. Quitter les lieux plus tôt sans accord ne raccourcit pas l’obligation de paiement.

Peut-on partir avant la fin du préavis ?

Oui, dans deux cas : si le bailleur trouve ou accepte un nouveau locataire avant l’échéance du préavis (le loyer s’arrête à son entrée dans les lieux), ou si les deux parties s’accordent par écrit pour réduire la durée. Aucun de ces deux cas n’est un droit automatique du locataire.

Une fois envoyé, le congé du locataire est par ailleurs irrévocable sans l’accord exprès du bailleur : il produit ses effets dès sa réception, et la loi ne prévoit aucun délai de rétractation. Un locataire qui change d’avis après avoir posté sa lettre ne peut pas revenir en arrière unilatéralement — il doit obtenir l’accord écrit du bailleur, qui n’est en rien tenu de l’accorder.

Le bail mobilité échappe-t-il à cette procédure ?

En grande partie, oui. Le bail mobilité prend fin automatiquement à son terme, sans reconduction ni préavis à donner par le locataire — sauf s’il souhaite partir avant l’échéance prévue, auquel cas un préavis d’un mois s’applique. Pour tout savoir sur ce contrat meublé de courte durée (1 à 10 mois, non renouvelable), voir notre article dédié au bail mobilité.

Modèle de lettre de résiliation de bail

Une lettre de congé n’a pas besoin d’être motivée en détail (hors préavis réduit) : elle doit identifier clairement le logement, la date souhaitée de départ et le délai de préavis appliqué. Voici une trame simple à adapter :

[Vos nom, prénom, adresse du logement loué]

[Nom et adresse du bailleur ou de l’agence]

Objet : congé du bail — [adresse du logement]

Madame, Monsieur,

Par la présente, je vous informe de mon souhait de résilier le bail du logement situé [adresse], dont je suis locataire depuis le [date d’entrée]. Conformément à l’article 15 de la loi du 6 juillet 1989, je vous donne congé avec un préavis de [1 ou 3] mois à compter de la réception de ce courrier[, motivé par : préciser le motif et joindre le justificatif].

Je vous prie de bien vouloir convenir avec moi d’une date pour l’état des lieux de sortie.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.

Que se passe-t-il après l’envoi du congé ?

Le préavis court, puis vient l’état des lieux de sortie, comparé point par point à l’état des lieux d’entrée réalisé au début du bail. C’est ce document qui déclenche le délai de restitution du dépôt de garantie — un ou deux mois selon qu’il relève ou non des dégradations imputables au locataire.

Exemple chiffré. Nadia, locataire d’un logement vide non situé en zone tendue, obtient une mutation professionnelle à 300 km. Elle envoie sa lettre en LRAR le 3 mars avec l’attestation de son employeur jointe : le bailleur la reçoit le 5 mars. Son préavis réduit d’un mois court du 5 mars au 5 avril inclus — elle doit régler le loyer de mars et d’avril, puis peut solder les comptes avec l’état des lieux de sortie fixé au plus tard le 5 avril.

Infographie : délais de préavis pour résilier un bail (3 mois vide, 1 mois meublé, 1 mois réduit) et formes de congé acceptées

Le conseil de Camille. Même quand votre motif de préavis réduit semble évident, joignez toujours le justificatif avec la lettre, jamais « à suivre » dans un second courrier. J’ai vu plus d’un locataire perdre deux mois de préavis réduit — donc payer deux loyers de trop — pour avoir voulu envoyer l’attestation employeur « la semaine suivante ».

Questions fréquentes

Puis-je annuler mon congé une fois la lettre envoyée ?

Non, pas unilatéralement. Le congé produit ses effets dès sa réception par le bailleur et la loi ne prévoit aucun délai de rétractation. Une annulation n’est possible qu’avec l’accord exprès et écrit du bailleur, qui n’est nullement obligé de l’accepter.

Le bailleur peut-il refuser mon préavis réduit ?

S’il est correctement motivé et justifié dans la lettre, le préavis réduit est un droit : le bailleur ne peut pas s’y opposer. S’il conteste la réalité du motif, il ne peut agir qu’en réclamant les loyers correspondant au différentiel devant le juge — il ne peut pas bloquer votre départ.

Que se passe-t-il si je quitte le logement sans respecter le préavis ?

Vous restez redevable du loyer et des charges jusqu’à la fin théorique du préavis, sauf si le bailleur retrouve un nouveau locataire plus tôt. Le bailleur peut aussi retenir cette dette sur le dépôt de garantie ou engager une procédure de recouvrement.

Dois-je faire constater mon départ par un état des lieux même en préavis réduit ?

Oui, l’état des lieux de sortie reste obligatoire quel que soit le délai de préavis appliqué. C’est lui, et non le motif du départ, qui détermine le délai de restitution du dépôt de garantie.

Sources

  • Article 15-I, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (congé donné par le locataire, préavis normal et réduit) — Légifrance, consulté le 15/09/2026.
  • Article 25-8, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (préavis en location meublée) — consulté le 15/09/2026.
  • Article 25-12, loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 (fin du bail mobilité) — consulté le 15/09/2026.
  • Décret n° 2025-1267 du 22 décembre 2025 (liste des communes en zone tendue) — consulté le 15/09/2026.
  • Service-public.fr, simulateur « Délai de préavis du locataire qui donne congé au propriétaire » et simulateur « Zones tendues » — consultés le 15/09/2026.